Un concept de sûreté peut être irréprochable sur le papier et pourtant céder dans les premières minutes d’un incident réel. Les procédures sont écrites, les rôles attribués, les plans validés. Mais personne ne sait encore si l’agent posté à l’entrée de la tribune saura qui appeler, si la police et les secours se comprendront sur le même canal radio, ou si l’organisateur saura quoi annoncer au public. La seule façon de le savoir avant le jour J, c’est de le jouer.
C’est ce que nous avons fait le 22 mai 2025 au Stade de Genève, quelques semaines avant le Championnat d’Europe féminin de football. Un exercice grandeur nature, piloté par DBA Sécurité, qui a réuni environ 400 intervenants : police, pompiers, services médicaux, sécurité privée, et des militaires dans le rôle des spectateurs. Cet article revient sur ce que cet exercice a permis de vérifier et sur la méthode, applicable à bien d’autres événements et sites.
Pourquoi organiser un exercice avant un grand événement ?
Un dispositif de sûreté repose sur des dizaines d’acteurs qui, souvent, ne travaillent ensemble que le jour de l’événement. Chacun connaît son métier. Ce qui est rarement éprouvé, ce sont les interfaces : le moment où l’information passe d’une organisation à l’autre, où une décision doit être prise sans que l’on sache encore exactement ce qui se passe.
Un exercice sert précisément à cela :
- Vérifier que le concept fonctionne dans les conditions réelles du lieu, avec les vraies distances, les vrais obstacles et les vrais délais de transmission.
- Faire se rencontrer les acteurs avant la crise, pour que les visages, les noms et les canaux soient connus.
- Révéler les angles morts que l’on ne voit pas autour d’une table : une porte qui ne s’ouvre pas, une zone sans couverture radio, une consigne comprise de deux façons différentes.
- Entraîner les réflexes des équipes qui devront agir sous stress.
Pour les événements et les sites recevant du public, les concepts de sécurité et de sûreté sont examinés par les autorités. Un concept qui a été éprouvé lors d’un exercice, puis corrigé à partir de ses enseignements, est un concept beaucoup plus solide face à cet examen, et surtout face à la réalité. C’est tout l’esprit de notre approche : un dispositif doit être conçu, puis éprouvé, par un professionnel.
Le scénario du Stade de Genève
Le scénario retenu était volontairement exigeant : une attaque armée en tribune pendant un match, suivie d’une seconde menace par drone. Une vingtaine de victimes simulées étaient réparties dans la tribune principale. Une partie des figurants jouait les spectateurs, d’autres les assaillants, et les intervenants ne savaient pas à l’avance qui tenait quel rôle.
Ce choix n’avait rien de spectaculaire par principe. Un scénario de haute intensité oblige tous les maillons à fonctionner en même temps : détection, alerte, neutralisation de la menace par la police, mise en sécurité du public, prise en charge des blessés, communication. Il met sous tension exactement les interfaces que l’on veut tester.
La presse a couvert l’exercice, notamment la Tribune de Genève, 20 minutes et Léman Bleu. Les articles sont recensés sur notre page médias.
Ce qu’un exercice grandeur nature permet de vérifier
La coordination entre police, secours, sécurité privée et organisateur
C’est le point le plus important, et souvent le plus fragile. Chaque organisation a sa propre culture, sa propre hiérarchie et son propre vocabulaire. Lors de l’exercice de Genève, des faiblesses ont d’ailleurs été relevées dans la coordination et la communication avec les partenaires privés : agents de sécurité, stadiers, organisateur. C’est exactement le type d’enseignement qu’un exercice doit produire, et qu’il vaut infiniment mieux découvrir en mai qu’en juillet.
Les communications radio
Qui parle sur quel canal ? Qui fait le relais entre la sécurité privée et les forces de l’ordre ? Les messages sont-ils courts, clairs, compris ? Un exercice met en évidence la saturation des canaux, les zones mal couvertes et les messages qui se perdent.
La chaîne de commandement
Le concept désigne qui décide. L’exercice vérifie que cette personne reçoit l’information à temps, qu’elle est identifiable sur le terrain et que ses décisions redescendent jusqu’aux équipes. Nous détaillons ce sujet dans notre article sur la coordination sécurité le jour J.
L’évacuation ou le confinement
Faut-il évacuer, confiner, ou les deux selon les secteurs ? Face à une menace armée, la réponse n’est pas celle d’un incendie. L’exercice permet de tester les annonces, les cheminements et le comportement réel des personnes.
La prise en charge des blessés
Où se fait le tri ? Par où entrent les ambulances ? Comment les secours accèdent-ils à une zone dont la sûreté n’est pas encore garantie ? Ces questions trouvent des réponses concrètes uniquement sur le terrain.
La communication
Annonces au public, information des partenaires, réponses aux médias, gestion des proches : la communication fait partie de la réponse à l’incident et doit être jouée elle aussi.
Comment préparer un exercice grandeur nature
Un exercice de cette ampleur ne s’improvise pas. Sa préparation est un projet à part entière.
1. Fixer des objectifs précis
On ne fait pas un exercice « pour voir ». Chaque objectif doit être vérifiable : tester la remontée d’alerte depuis une tribune, valider un point de rassemblement des blessés, éprouver la procédure de confinement d’un secteur. Les objectifs déterminent ensuite le scénario, et non l’inverse.
2. Construire un scénario réaliste
Le scénario découle de l’analyse de risques du site ou de l’événement. Il doit être crédible, adapté au lieu, et prévoir des rebondissements (les « injects ») qui obligent les acteurs à s’adapter.
3. Préparer les plastrons
Les figurants donnent sa réalité à l’exercice : public, victimes, assaillants. Ils doivent être briefés sur leur rôle, sur leur comportement attendu et sur les règles de sécurité.
4. Désigner observateurs et évaluateurs
Des personnes qui ne jouent pas, réparties aux points clés, notent ce qui se passe, à quelle heure, et ce qui s’écarte de la procédure. À Genève, des policiers d’un autre canton étaient présents en observateurs. Sans observation structurée, l’exercice laisse des impressions, pas des enseignements.
5. Sécuriser l’exercice lui-même
Un exercice comporte ses propres risques : chutes, mouvements rapides, matériel, confusion avec un incident réel. Il faut un responsable de la sécurité de l’exercice, un mot-code pour un incident réel et une procédure d’arrêt immédiat.
6. Informer le voisinage et le public
Des intervenants armés, des sirènes et des victimes simulées autour d’un stade peuvent inquiéter. L’information préalable du voisinage, des usagers et parfois des médias fait partie de la préparation.
Le débriefing : là où l’exercice prend sa valeur
Un exercice sans retour d’expérience (RETEX) est une dépense, pas un investissement. Le débriefing se fait généralement en deux temps :
- À chaud, juste après l’exercice, avec les responsables de chaque organisation, pour recueillir les impressions avant qu’elles ne s’effacent.
- À froid, quelques jours plus tard, sur la base des notes des observateurs, pour analyser les écarts et formuler des actions correctives.
Chaque enseignement doit déboucher sur une décision : modifier une procédure, ajuster un plan de communication radio, déplacer un point de rassemblement, former une équipe. Le concept de sûreté est alors mis à jour, puis partagé à nouveau avec les intervenants. C’est cette boucle, concevoir, éprouver, corriger, qui rend un dispositif fiable.
Adapter la démarche à plus petite échelle
Tous les événements et tous les sites ne justifient pas un exercice à plusieurs centaines d’intervenants. La logique reste pourtant la même, et elle se décline à différents niveaux :
- L’exercice sur table : les responsables se réunissent autour d’un plan et d’un scénario, et déroulent pas à pas leurs décisions. Peu coûteux, il est très efficace pour tester la chaîne de commandement et la répartition des rôles.
- L’exercice partiel : on joue une seule séquence en conditions réelles, par exemple une évacuation de secteur, une alerte colis suspect ou le confinement d’un étage.
- Le test inopiné : un test d’intrusion ou une mise en situation non annoncée vérifie la vigilance réelle des équipes au quotidien. Voir notre article sur le test d’intrusion physique.
Une organisation internationale, un siège d’entreprise ou un organisateur de festival peut ainsi construire progressivement sa capacité de réponse, en commençant par un exercice sur table et en montant en intensité.
Checklist : votre exercice est-il prêt ?
- Les objectifs sont définis, écrits et vérifiables.
- Le scénario découle de l’analyse de risques du site ou de l’événement.
- Tous les acteurs concernés (police, secours, sécurité privée, organisateur, exploitant du lieu) sont associés à la préparation.
- Les plastrons sont recrutés et briefés.
- Les observateurs ont une grille d’observation et des points d’affectation.
- Un responsable de la sécurité de l’exercice et une procédure d’arrêt sont désignés.
- Le voisinage et le public sont informés.
- Le débriefing à chaud et à froid est planifié.
- Une date est fixée pour mettre à jour les procédures.
Questions fréquentes
Quand faut-il organiser l’exercice avant l’événement ?
Suffisamment tôt pour pouvoir corriger le dispositif, et suffisamment tard pour que les acteurs et les lieux soient ceux du jour J. Il faut laisser le temps d’exploiter le RETEX, de mettre à jour les procédures et, le cas échéant, de les présenter aux autorités.
Un exercice grandeur nature est-il réservé aux stades et aux grands événements ?
Non. Le principe s’applique à tout site recevant du public ou à toute organisation exposée. Seule l’échelle change : un exercice sur table ou un exercice partiel apporte déjà beaucoup d’enseignements pour un effort mesuré.
Qui doit concevoir et piloter l’exercice ?
Idéalement, un professionnel de la sûreté qui connaît le concept, le lieu et les partenaires, mais qui garde le recul nécessaire pour observer sans complaisance. Il conçoit le scénario, coordonne les acteurs, assure la sécurité de l’exercice et conduit le débriefing jusqu’à la mise à jour des procédures.
Vous préparez un événement ou souhaitez éprouver le dispositif de votre site ? Nous concevons et pilotons des exercices sur mesure, de l’exercice sur table à l’exercice grandeur nature. Découvrez notre offre d’exercices et tests d’intrusion, retrouvez l’exercice du Stade de Genève dans notre revue de presse, ou contactez-nous pour en parler.